Appel à contribution

Fraternité en éducation, éducation à la fraternité : un enjeu pour l’école du 21ème siècle

Colloque inter-universitaire 24 et 25 mai 2016

Lieu : Faculté d’Éducation, ESPE LR, Université de Montpellier, labo : LIRDEF/ALFA

Les évènements survenus en janvier 2015 ont mis en évidence un paradoxe important au sein de la société française. Au moment où de nombreux français renouent avec la défense de la liberté et des engagements républicains « sur le pavé battu de toutes nos révolutions » (Bidar, 2015 : 16), au moment où ils réaffirment leur attachement à la laïcité conçue comme un principe émancipateur garantissant la liberté absolue de conscience, ils découvrent atterrés que leurs convictions citoyennes ne sont plus partagées sans condition. Ici et là, des voix s’élèvent alors dans les écoles pour clamer, quelquefois avec violence, le refus de prendre part au rassemblement national, allant parfois jusqu’à louer l’action des terroristes. Ces évènements, associés aux processus de radicalisation de certains jeunes, ou aux débats que suscite l’accueil des réfugiés en Europe agissent comme un révélateur de l’impact des fractures sociales sur le développement de la citoyenneté et l’adhésion aux valeurs républicaines. À cet égard Philippe Perrenoud affirme qu’ « on ne peut impliquer l’école dans le combat pour la citoyenneté qu’en engageant ce combat sur d’autres fronts (…) : emploi, partage des richesses, statut des minorités, etc. » (2003 : 10). Ces événements révèlent aussi la mise en jachère de la transmission des dites valeurs au sein de l’école comme de l’ensemble de la société française. Le Ministère de l’Éducation Nationale déjà engagé dans un plan de rénovation de l’école publique annonce une vaste campagne de réflexion et d’actions pour redonner à cette transmission une place centrale dans l’éducation.

Dans le même temps, Patrick Weil rappelle que la France assure égale dignité en droits à tous ses citoyens mais se demande aussi comment on peut « sans cesse invoquer la République et la laïcité et ne pas faire de la lutte contre les discriminations une priorité »(2015). Pour répondre à cette question, le politologue invite d’abord à se tourner vers une observation positive des réussites républicaines et à engager sur cette base une réflexion quant aux moyens à mettre en œuvre pour réduire les discriminations. Il affirme « qu’au lieu de concevoir la laïcité comme un régime d’ordre, de contrôle et de punition, il faut la penser d’abord dans sa fonction libératrice » ancrant aussi le débat dans une réflexion sur la puissance émancipatrice du concept héritier de la philosophie des Lumières.

Abdennour Bidar pense quant à lui qu’après les évènements de janvier 2015 « chacun d’entre nous sera placé devant […] la décision de fraternité. Un choix très simple : la pulsion de rejet et d’exclusion, ou la volonté de rassemblement ou de réconciliation. » (2015 : 67) Choisissant résolument la voie de l’humanisme et de l’universalisme, le philosophe engage une réflexion et des propositions pour favoriser le développement d’une forme universelle de fraternité, fraternité apte à transcender les individualités au profit d’un projet commun plus ambitieux.

L’ensemble de ces constats et de ces propositions, ancrées résolument dans une pensée humaniste et une conception universaliste de la société héritière de la philosophie des Lumières, interrogent nécessairement les différents acteurs du monde éducatif. Pour y répondre, plusieurs colloques ont déjà engagé une réflexion sur la transmission des valeurs républicaines et notamment l’université d’été « la transmission des valeurs républicaines » ESPE de Lyon, 7 et 8 juillet 2015. Le MEN a, quant à lui, organisé des Assises des valeurs républicaines dans chaque académie ; Assises qui ont débouché sur des propositions concrètes.

Cependant, pour penser l’éducation en termes de fraternité, il est indispensable d’interroger plus directement la notion elle-même sous deux aspects : la fraternité en éducation et l’éducation à la fraternité dans une dimension éthique (interroger la notion de valeur elle-même) et axiologique (se demander ce que peut/doit signifier la transmission des dites-valeurs). Dans cette perspective la réflexion associera dans un juste équilibre des aspects épistémologiques, philosophiques, historiques, mais aussi didactiques et pédagogiques. Pour ce faire, le colloque se propose d’ouvrir la réflexion autour de deux axes complémentaires.

Axe 1 : Il tentera de circonscrire un cadre théorique de la réflexion engagée dans ce colloque. Pour ce faire, il interrogera le concept de fraternité universelle pour mieux cerner des enjeux et modalités des transmissions possibles. Les communications s’efforceront de définir la notion en interrogeant par exemple les points de contact et les éléments de différenciation entre des termes comme fraternité/solidarité/charité ou encore ouverture à l’altérité/tolérance/empathie, à circonscrire ses dimensions éthique et axiologique, à questionner son ancrage politique, historique, ethnologique, philosophique, littéraire (etc.). Mais elles interrogeront aussi son actualisation à l’aune du monde contemporain en mettant par exemple en évidence les obstacles à sa réalisation ; en engageant des propositions pour une définition épistémologique de la notion. Ainsi les propositions pourront par exemple interroger la notion de valeur appliquée au concept de fraternité ; ou encore se demander comment, historiquement et philosophiquement s’est construit ce concept de fraternité universelle ; comment il s’articule aux valeurs d’égalité et de liberté ; quel est le rôle du principe de laïcité dans cette construction ; quels obstacles, écueils, doit-il éviter ou surmonter pour devenir réalité.

Axe 2 : Il vise des interrogations beaucoup plus pratiques en questionnant le rôle de l’éducation et plus précisément la place de l’école et des activités périscolaires dans cette réalisation. Les communications se demanderont alors sur quels fondements la recherche en éducation peut inscrire sa réflexion autour de la notion de fraternité. Elles pourront notamment répondre aux questions suivantes : quelle est la place de la fraternité dans l’éducation à l’école et en dehors de l’école ? Dans quelle mesure peut-on éduquer à la fraternité dans une société qui ne parvient pas à réduire les discriminations ? Quels dispositifs mettre en place ? Comment, dans une société qui met en scène la gloire des vainqueurs et l’élimination des plus faibles, renouer avec la simple posture d’ouverture à l’autre et avec le choix de la fraternité individuelle ? Quels sont les obstacles à ce projet ? Sur quelles expériences scolaires et extra-scolaires pourrait-on appuyer un projet d’éducation fraternelle et d’éducation à la fraternité ? Quels rôles peuvent jouer les acteurs éducatifs issus des milieux professionnels, associatifs et politiques à l’échelle d’une commune ou d’un département pour engager des actions concrètes ? En quoi les pratiques langagières en classe peuvent-elles être un lieu de formation à la fraternité ? Quelle place pour la culture, les arts, les sciences dans cet enseignement ? Comment les nouveaux programmes scolaires prennent-ils en charge ce questionnement ? Comment la formation des professionnels de l’éducation ou des acteurs du milieu associatif prend-elle en compte la question de la fraternité ? etc.

Le colloque souhaite réunir aux côtés de la réflexion universitaire une réflexion politique et de terrain. Pour cela, les communications porteront autant sur les dimensions scientifiques que sur la présentation et l’analyse d’expériences pratiques issues de la réalité concrète et éprouvée par des terrains.

Bibliographie des œuvres citées

Abdennour Bidar, Plaidoyer pour la fraternité, Paris, Albin Michel, 2015.

Delamotte-Legrand R., François F., Porcher L., Langage, éthique, éducation – Perspectives croisées, 1997, PU Rouen.

Delamotte-Legrand R. et Caitucoli Cl. : Morales langagières (Publications des Universités de Rouen et du Havre).

François Dubet, La préférence pour l’inégalité, comprendre les crises des solidarités, Paris, Seuil, 2014

Philippe Perrenoud, L’école est-elle encore le creuset de la démocratie ?, Chronique sociale, 2003.

Jeremy Rifkin, Une nouvelle conscience pour un monde en crise, pour une civilisation de l’empathie, Les liens qui libèrent, 2011.

Patrick Weil, Nicolas Truong, Le sens de la République : essai, Paris, Ed. Grasset & Fasquelle, 2015.

 

Comité scientifique

Gérard Delfau, (littérature) Université Paris, association Egale

Jean-François Dupeyron, (philosophie) ESPE de Bordeaux

Ismaël, Ferrhat, (Histoire de l’éducation) ESPE d’Amiens

Aude Gerbaud, (histoire), Université Paris-Est-Créteil, ESPE de Créteil

Karine Gros, (littérature) Université Paris-Est-Créteil, ESPE de Créteil

Jacques Gleyse, (sciences de l’éducation) Université de Montpellier, Faculté d’éducation, ESPE

Christophe Miqueu, (philosophie) ESPE de Bordeaux

Virginie Lapique, (sciences du langage) ESPE de Nice

Brigitte Louichon, (littérature) Université de Montpellier, Faculté d’éducation, ESPE

Jean-Pierre Obin, (sciences de l’éducation), ESPE de Versailles

Agnès Perrin-Doucey, (littérature) Université de Montpellier, Faculté d’éducation, ESPE

Comité d’organisation : Agnès Perrin-Doucey, Eleonora Acerra, Sophie Duteil, Maïté Eugène, Aldo Gennaï

Procédure d’examen des propositions

Les propositions de communication doivent être rédigées au format word et parvenir au plus tard le 25 janvier 2016 aux deux adresses suivantes.

agnes.perrin-doucey@univ-montp2.fr ; eleonora.acerra@gmail.com

Retour du comité scientifique : 20 février 2016

Inscription au colloque à partir du 1er mars 2016

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